EXTRAIT INTERVIEW PAR FRANC BART ( août 2004 )Peux-tu décrire ta prestation actuelle et les thématiques qui s'en inspirent ?
HORIZON est un solo de 50 minutes qui allie la danse, la musique électronique de Laurent Perrier et l'image vidéo. Je danse nu pratiquement toute la pièce. Je me suis inspiré tout simplement de la nature et de mes attaches et sensations profondes que j'ai avec elle. A partir des éléments, des mondes animal, végétal, minéral, j'ai développé une danse assez organique et intuitive. Construit sur un scénario très précis, j'utilise beaucoup l'improvisation.
A quel public spécifique t'adresses-tu actuellement et quel regard porte-il sur ton travail ?
J'ai présenté une performance, nu pour la première fois, en mars 2004. Le public a accueilli chaleureusement cette proposition, même si on parlait beaucoup de ma nudité dans le hall après le spectacle !
Je voulais poursuivre ce travail. Certains programmateurs m'ont dit qu'ils avaient beaucoup aimé cette danse mais qu'ils ne pouvaient la programmer dans leur salle de spectacle à cause de la nudité ! C'est alors qu'on s'aperçoit à quel point le corps n'est pas complètement accepté encore aujoird'hui. Alors pour éviter le problème, j'ai eu l'idée de proposer une création à un public de naturiste. C'est ainsi qu'est née pour l'été 2004 la pièce HORIZON, que j'ai dansée dans 10 centres naturistes.
L'expérience a été extraordinaire. Personne ne m'a parlé de ma nudité puisqu'elle était devenue naturelle et vitale. Il a été question uniquement du contenu. Je sais que mon travail ne peut plaire à tout le monde, mais il a été en majorité très bien reçu. Je sais que j'ai offert pour certains beaucoup de plaisir et c'est ma meilleure récompense.
Que te procure la sensation tout à fait concrète d'être naturiste, vis-à-vis d'un collègue danseur qui ne le serait pas ?
Je pense que tout le monde est naturiste. A l'origine tout être humain aime être nu. Il n'y a qu'à observer le bonheur d'un bébé quand il est nu. C'est notre éducation, notre société, notre religion qui modifient notre relation au corps. L'Homme a créé la censure de la nudité.
Nous sommes dans un monde qui porte trop d'importance à l'apparence. Alors on est obligé de rappeler que tout être est nu et qu'il a le devoir de s'aimer comme il est, qu'il doit accepter et respecter l'autre et son environnement, on appelle ça le naturisme, moi j'appelle çà la vie !
En tant que danseur, je développe un travail important sur les sens. Les sens sont en exergues lorsqu'on est nu : le toucher de l'air, du sol, des matières, de la peau... J'ai une sensation à la fois de grande liberté, de force et de fragilité. La relation entre l'intérieur et l'extérieur est aussi plus intense.
La spécificité de la danse nue s'inscrit-elle selon toi dans un contexte artistique proprement naturiste ?
Une danse nue n'est pas forcément naturiste. Tout dépend du propos de la pièce. Ce qui est difficile avec le spectacle vivant, c'est que le sens du spectacle peut varier suivant le contexte. HORIZON en est l'exemple parfait. Il ne sera pas vu de la même manière si je le présente dans un centre naturiste ou dans un théâtre. Le lieu de représentation influe sur le regard et le ressenti, également les saisons, les couleurs, les préjugés, les personnes, le prix de la place, la qualité du fauteuil, mais surtout l'état dans lequel on est au moment de la représentation. Une danse nue peut donc dans l'absolu, être présentée n'importe où. Il y a des compagnies de rues qui ont fait des propositions dans les festivals mais des passants ont porté plainte !